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Fonction royale 4
Chapitre 7 - Part 3

Le Roi et les Communautés

A. Réactions à un discours royal.


Le souci modérateur du Roi Baudouin dans les "querelles communautaires" fut constant. Son allocution radio-télévisée du 21 juillet 1987 se situait dans cette lignée; pourtant, les réactions nous ont paru plus intéressantes que celles que nous avions pu lire suite à ses autres interventions.

Que disait le Roi ?

"Mes chers compatriotes,

Au moment où beaucoup d'entre vous prennent un repos mérité, d'autres trop nombreux se demandent avec inquiétude, combien de temps il leur faudra encore attendre avant de trouver un travail.
Le chômage reste pour l'Europe et aussi pour notre pays, une préoccupation majeure. Sachez qu'avec tous ceux qui ont des responsabilités, je porte avec vous ce souci lancinant.

Pourtant ces derniers mois, ce n'est pas ce problème-là qui a retenu en premier lieu l'attention de la plupart des mandataires publics et des médias. Notre pays a connu un nouvel accès de fièvre communautaire. Je ne vous cacherai pas que cette agitation m'a attristé et préoccupé.
Il n'était pas simple d'expliquer à des étrangers que, pendant que la Belgique assumait la présidence de l'Europe, le gouvernement risquait à tout moment de tomber et qu'une bonne partie du temps il était absorbé par des questions communales auxquelles se mêlaient des conflits de principe (82). Et plus grave encore, une longue crise politique risquait de mettre en danger l'effort de redressement pour lequel la population a déjà consenti des sacrifices importants.

Comment en sommes-nous arrivés là et surtout quelles leçons pouvons-nous retirer de ces événements pour l'avenir ? C'est ce dont je voudrais vous parler à l'occasion de notre Fête nationale.

Il est utile de situer les événements que nous avons connus, dans leur cadre général. Dans la nouvelle réalité institutionnelle de notre pays, la personnalité propre de chacune de nos communautés et régions (83) est clairement reconnue et doit pouvoir s'épanouir. Une modification profonde s'est effectuée de façon démocratique et pacifique. Cela n'est pas tellement fréquent dans le monde actuel et mérite donc d'être à nouveau souligné.
Toutefois, cette réforme n'a pas marqué la fin des débats communautaires. Ceux-ci se sont poursuivis dans plusieurs domaines, notamment l'étude des pouvoirs et des moyens financiers des nouvelles entités, le degré de solidarité entre elles, et le statut de Bruxelles.

Ces différents problèmes doivent pouvoir trouver des solutions équitables dans le cadre normal de la discussion politique, au sein de nos institutions et dans le respect de l'Etat de droit.
Dans certains cas toutefois, la recherche d'un consensus est rendue très difficile. Comme dans beaucoup de problèmes humains, la crainte est souvent à l'origine de crispations et d'attitudes agressives. Dans la vie des hommes mais aussi d'un pays, il est facile de se gâcher l'existence en entretenant mutuellement des inquiétudes sur le comportement futur de l'autre.
Certains sont perpétuellement troublés et occupés à trouver le moyen de se protéger contre l'autre communauté. La vie est déjà si courte. Nous ne pouvons pas passer notre temps à user nos forces pour nous défendre. Nous avons vraiment mieux à faire.

C'est ici qu'intervient le nouveau civisme dont je vous ai souvent parlé. Il suppose d'abord qu'on s'efforce de comprendre l'autre et de percevoir ses motifs d'inquiétude. Ensuite d'éviter tout ce qui peut accroître ses craintes. Enfin de prendre ensemble des mesures positives destinées à créer la confiance.
Concrètement, cela exige que chacun fasse preuve de sang-froid dans ce débat. Ceci implique que les médias informent objectivement leur public sur ce qui se vit dans les autres communautés, et sur les préoccupations qui s'y manifestent au lieu de se replier sur soi, ou d'amplifier démesurément des querelles locales ou telles déclarations blessantes ou provocantes. En d'autres mots, il s'agit de refuser d'exacerber les oppositions, alors que la grande majorité de la population souhaite vivre dans l'entente et travailler en paix.
Ensuite chaque citoyen et en particulier les mandataires publics, doivent refuser énergiquement de se laisser entraîner à quelque forme que ce soit de provocation ou d'arrogance envers l'autre communauté (84). Résister à la tentation facile de l'escalade des antagonismes, et à l'excitation des passions, c'est là que se trouve le véritable courage.

Mais il ne suffit pas d'éviter d'envenimer les conflits, il faut aussi prendre des mesures pour créer la confiance, faire des gestes concrets de compréhension réciproque.
Des contacts intéressants ont été noués par les exécutifs des régions et des communautés pour encourager le dialogue, stimuler des collaborations, et développer des complémentarités.

De même, toutes sortes d'initiatives heureuses ont été prises par des citoyens ou des groupes de personnes, pour apprendre la langue et la culture de l'autre (84). C'est ainsi que l'on développe l'estime mutuelle.

Il faut se réjouir aussi des efforts réalisés dans de nombreuses communes à statut linguistique spécial, pour favoriser la convivialité. On ignore souvent qu'en Belgique 30 communes ont un tel statut. Dans la plupart d'entre elles règne une excellente entente, car les autorités locales traitent chacun avec respect et les habitants font preuve de confiance entre eux.

Mes chers compatriotes, si je vous parle ainsi, c'est qu'il est du devoir du Roi, de dire ce qu'il croit être la vérité, dans le souci du pays, dans le respect de ses diverses communautés, dans l'affection à l'égard de tous ses citoyens.

Je voudrais que notre pays démontre au sein de cette Europe diversifiée qui cherche son unité, qu'il est possible de voir des cultures différentes s'épanouir côte à côte, sans trop de peine, au sein d'un même ensemble politique. Ce serait pour la Belgique le gage de la paix et du progrès. C'est en même temps une contribution importante que nous devons apporter à la construction européenne.

Je vous demande à tous, sans distinction de langue ou de région, de montrer par des actes votre détermination de vivre dans le respect réciproque. Que toutes nos forces servent à préparer un avenir plus juste et plus heureux pour ceux qui portent aujourd'hui le poids des difficultés économiques et sociales, et pour les générations qui nous suivent. C'est le voeu que la Reine et moi formons en cette Fête nationale ! " (85).

* * *

Les réactions des journaux furent nombreuses; plus important, elles furent faites dans des sens très divers !

Parcourons d'abord celle de Catherine FERRANT dont l'article se situait, sous le titre "Le Roi invite les Belges à sortir de l'engrenage de la peur à l'agressivité", dans le "Soir" aux mêmes pages que le texte royal présenté comme Editorial du numéro du mercredi 22 juillet 1987, avec pour titre "Le nouveau civisme, par Baudouin 1er, roi des Belges" :
"(...)
Il était logique et attendu, après les soubresauts politiques du printemps, que le Roi consacre son traditionnel discours du 21 juillet aux conflits entre communautés, invitant les citoyens à un nouveau civisme fait d'écoute de l'autre, de compréhension de ses craintes et de confiance. Il a aussi, très clairement, interpellé les acteurs du jeu politique.
Il n'est pas normal, a dit en substance le Roi, qu'un gouvernement responsable d'un effort de redressement économique et de la présidence de la C.E.E. (86) consacre des heures à des questions communales. Pas normal que les médias amplifient des querelles locales et des déclarations blessantes. Pas normal que des mandataires politiques se permettent de faire de telles déclarations, d'envenimer de telles querelles. Evitant le piège des considérations trop générales et celui d'allusions trop personnelles, le Souverain a renvoyé dos à dos les extrémistes des deux bords, et placé l'ensemble du monde politique au pied du mur.
Une démarche royale qui veut et vaut qu'on s'y arrête : c'est pour cela que vous trouverez le texte intégral de ce discours important, en place d'éditorial, car chaque phrase nous paraît avoir été longuement pesée et contient une critique ferme et sans appel de certaines de nos moeurs politiques. Il est bien évident en effet que ni la violence des propos de certains éditorialistes - surtout flamands - ni les désordres persistants et parfois entretenus dans les Fourons ne trouvent grâce aux yeux du Souverain.
(...)
(...) c'est précisément cet engrenage que le Roi nous invite à briser dès à présent.
Cette invitation sera-t-elle entendue ? Certainement. Ecoutée et suivie d'effet ? Peut-être, mais à condition qu'on s'y attelle. C'est au gouvernement d'avoir la volonté, une fois levée l'hypothèque budgétaire, de donner l'impulsion. Il leur appartient surtout de définir l'espace politique et juridique... dans lequel les responsables politiques communaux, régionaux et nationaux pourront s'engager sur la voie indiquée par le Roi. En sachant que l'aboutissement de leurs réflexions et de leurs débats sera plus que l'ébauche de cette Belgique "fédérée dans l'union" que le souverain, dans un précédent discours, appelait déjà de ses voeux..." (87).

Lisons, dans ses grandes lignes, l'article que Manu RUYS a publié dans "De Standaart" du 22; "Les formes dans lesquelles la Belgique officielle célèbre la fête nationale ne se modifient pas : Te Deum, message royal, défilé des troupes, drapeaux arborés, toujours les mêmes vibrations. Le contenu du concept "Belgique" est cependant en plein développement. Le patriotisme tricolore pâlit. L'attitude à l'égard de l'Etat évolue. Et aussi la vision des rapports entre les communautés constitutionnellement reconnues.
Les Wallons, pour qui la Belgique fut si longtemps un pays francophone, dont ils pensaient qu'il devait traiter en priorité de leurs intérêts (88), éprouvent maintenant quelques difficultés à voir, dans la Belgique, partiellement néerlandisée, un Etat en lequel ils pourraient avoir confiance. La découverte de l'identité wallonne est un corollaire de la conscience nationale belge.
Les Flamands sont impliqués dans un processus de nature expérimentale. Ils sont en train de vérifier s'ils sont politiquement capables d'organiser l'Etat de telle manière que celui-ci devienne aussi pour le peuple flamand une demeure confortable et un instrument efficace d'expansion pour leur communauté. Les Flamands savent que la Belgique subsiste grâce à leur dynamisme. Ils sont conscients des possibilités qu'offre encore la Belgique. Ils veulent cependant savoir si les Wallons sont encore prêts à une cohabitation fondée sur la loyauté fédérale.
L'allocution royale du 21 juillet s'est centrée sur cette question - encore problématique - de la disponibilité à la compréhension mutuelle. Le souci du Chef de l'Etat est compréhensible. Sans bonne volonté réciproque, sans une réflexion commune suivie pour fonder les relations interrégionales sur une meilleure base, l'avenir de la Belgique n'est nullement assuré.
Le gouvernement, qui est responsable du message royal et qui peut être considéré comme le rédacteur final de celui-ci, a jugé nécessaire que le roi rende également responsable les médias des turbulences communales... qui ont perturbé le travail gouvernemental... Le scandale a été provoqué par ceux qui ont nommé Happart (89). Pas la presse.
Le plus positif dans le message royal, c'est la reconnaissance du fait que les régions et communautés se retrouvent dans le dialogue. Les contacts entre Geens (90) et Wathelet (91), et ce qui en est résulté, peuvent être considérés comme la préfiguration d'une nouvelle collaboration. L'insistance du Roi à cet égard contient une profession de foi fédéraliste implicite..." (92).

Voici les éléments essentiels de l'article de Léon FRANCKART, paru dans la "Nouvelle Gazette" du 23 juillet 1987; "Entre le "Sire, il n'y a pas de Belges" de Jules Destrée (93) et l'appel du Roi à la pacification communautaire, il y a toute la dimension du malentendu belge. Il s'agit bien d'un Etat, avec ses lois, ses frontières reconnues et ses citoyens : il s'agit de moins en moins d'une Nation (94), dont la justification première est le souhait commun de vivre ensemble.
Et au risque de nous répéter, il faut admettre que l'élément prépondérant de cette distorsion est bien la création au sein de l'Etat belge d'une authentique Nation flamande à laquelle il ne manque plus qu'une monnaie, une défense nationale, voire... un Roi, pour obtenir la reconnaissance internationale.
Les premières réactions au coup de semonce du palais sont d'ailleurs significatives. La presse flamande traite Baudouin 1er sans aménité particulière et la presse wallonne qui a toujours cherché le dialogue prend conscience que désormais les concessions doivent venir "d'en face".
Il n'y a guère que la presse bruxelloise pour entonner le couplet du sang froid et du sens de la mesure, feignant de confondre une fois de plus les incendiaires et les pompiers. Bruxelles deviendrait-elle le dernier résidu belge, n'entraînant plus dans son sillage qu'une frange de Wallons, restés belges malgré tout ?
(...)

(...) l'algarade royale tombe à plat parce qu'elle fait mine d'ignorer l'obsession linguistique, qui est un sentiment exclusivement flamand dont les Wallons n'ont cure. C'est une vaine tentative faite pour restabiliser la Belgique, car sa composante majoritaire n'en veut plus.
Ou plutôt, elle en veut encore à condition de détenir tous les leviers de commande. Ce que la Flandre est en train de réussir brillamment d'ailleurs. Aussi, rentrer dans le rang, ainsi qu'on nous le conseille à Laeken, nous condamnerait à court terme au sous-développement, à la négation de nous-mêmes.
Sans doute, tous les Wallons n'en sont-ils pas convaincus. Hélas pour eux, le passé de la Flandre est garant de son avenir. De cet avenir, nous sommes exclus." (95).

* * *

Léon FRANCKART vient de résumer la première impression que nous laisse ce dossier : les réactions sont très différentes, selon qu'elles proviennent du Nord, du Centre ou du Sud du Pays.

Avant de livrer notre analyse, nous versons trois dernières pièces à ce dossier :

1. "La Libre Belgique" du 23 juillet présentait d'autres articles consacrés à l'allocution royale (96) : "Le discours royal prononcé à l'occasion de la Fête nationale a eu un grand retentissement dans les médias.
Ainsi, le journal "Le Soir" qualifie le message royal de "direct, percutant, dramatique même"...

Dans "La Dernière Heure", Gaston Williot écrit que le discours du Roi est apparu "transparent et opportun". "Par-dessus la nation tout entière, il s'adressait à ceux qui, par calcul, par imprudence ou par gratuite provocation n'hésitent pas à cultiver et à attiser nos différends communautaires au point de conduire ceux-ci jusqu'au seuil de la rupture."

Marc Platel, dans "Het Belang van Limburg", considère, pour sa part, que le discours du Roi constitue une occasion manquée, une "désillusion". L'éditorialiste limbourgeois aurait souhaité que l'appel à un nouveau civisme comporte en priorité l'appel au respect de l'Etat de droit (97) dans toutes ses composantes, surtout le respect des décisions juridictionnelles (98). "Devons-nous croire, écrit Marc Platel, que ce nouveau civisme consiste à agiter les couleurs tricolores comme l'a fait lundi "La Libre Belgique" en bordant sa première page de rouge, jaune et noir?"

Joseph Coppé, dans "La Wallonie", parle de "discours du trône inspiré par Martens-Gol" : "En fait, le Roi défend le gouvernement et accorde, par sa parole, une autorité surprenante et, en l'occurrence, déplacée, à tous les arguments déjà outrancièrement utilisés par les ministres pour étouffer les problèmes communautaires qu'ils ont imprudemment oubliés au frigo.

"Dans "Le Peuple", Fabrice Jacquemart se demande si "la réalité du vouloir-vivre ensemble ne se mesure pas plus à la capacité de débattre de tous les problèmes, même dans leurs composantes les plus passionnelles, qu'à la décision de multiplier les compromis qui finissent par écoeurer une des parties ?"

2. Dans ce même numéro, la "Libre Belgique" a voulu "connaître les réactions de M. José Happart après le discours royal qui lui était, entre les lignes, en partie destiné.
Pour le conseiller communal de Fourons (c'est son seul titre communal actuel), le Roi a raison de dire qu'il faut sortir de l'imbroglio communautaire. Pour M. Happart, s'il y a un problème à Fourons, c'est parce que la Flandre ne veut pas respecter partout la démocratie. S'il n'y a pas de problème dans la plupart des autres communes à statut spécial, c'est parce que ces communes se trouvent là où elles doivent être et parce que les habitants de ces communes ont les bourgmestres qu'ils ont choisis. (...)
Pour sa part, l'Action fouronnaise souligne "qu'elle a bien entendu l'appel du Roi au civisme linguistique et qu'elle souhaite l'intervention royale pour corriger l'erreur de l'annexion des Fourons au Limbourg"..." (99).

3. Le rapport de 1949 précisait que "Le Roi peut, en s'adressant au pays, appuyer les vues et l'action de ses ministres. Ceux-ci devront toutefois marquer au préalable leur accord sur le principe et sur le contenu de la communication publique. Il convient de veiller à ce que le prestige du Roi ne soit pas diminué par des messages publics trop fréquents ou encore faits à l'occasion d'événements sans ampleur suffisante. Il faut surtout éviter que le Gouvernement, en conseillant au Roi d'approuver publiquement une mesure discutable, ne renverse la règle constitutionnelle et fasse couvrir les ministres par le Roi." (100).

* * *

Il est temps de présenter quelques remarques.

La lecture de ces commentaires montre que ce discours de Baudouin 1er posait un problème que nous mettons en corrélation avec les recommandations des membres de la Commission de 1949 reprises ci-dessus : mal conseillé, le Souverain y avait placé plusieurs allusions à l'affaire des Fourons; cette personnalisation du message à l'occasion de la Fête nationale ne nous semble pas heureuse, dans la mesure où elle déforçait le propos du Roi, permettant à la plupart des commentateurs d'ignorer l'élément fondamental du message royal : le nouveau civisme, l'appel à la compréhension réciproque, thèmes forts, pour "chicaner" à propos des sensibilités différentes au Nord et au Sud du Pays concernant le problème précis des Fourons et au nom de celles-ci. L'impact est assurément émoussé, lorsqu'on passe du général - qui est le but réel du Roi - au particulier. Il est vrai que, comme nous le rappelait Manu RUYS du "Standaart" et comme l'exprimait le rapport de 1949, le gouvernement avait avalisé cette allocution en vertu de l'article 64 de la Constitution et l'avait sans doute, au moins en partie, "inspiré".

Seuls les journaux bruxellois, et en particulier le "Soir", tentèrent de dégager les vraies lignes de force du message royal;
les autres réactions montrent combien est vrai l'adage suivant lequel "il n'est pire sourd que celui qui ne veut rien entendre".

Pourtant, l'intention profonde de BAUDOUIN 1er était et reste aisément perceptible lorsqu'on place ce discours dans la continuité des allocutions du Roi depuis 1970.

B. Quelques déclarations de Baudouin 1er.

Le 31 mars 1976, devant le Parlement qui célébrait le 25è anniversaire de sa prestation de serment, le Roi déclarait, à propos de notre devise "L'Union fait la force", qu' "En l'adoptant, les fondateurs de la Belgique indépendante avaient conscience à la fois de notre diversité et de notre indispensable cohésion. Ils pensaient qu'au sein d'un pays, les régions, dans leur légitime autonomie, sont les parties complémentaires d'un ensemble et ne peuvent s'ériger en jalouses rivales.
Ils savaient que fédérer c'est unir dans la différence acceptée et non pas dissocier dans l'affrontement.
Dans une situation nouvelle, ces vérités fondamentales restent valables pour nous. C'est une des missions essentielles de la monarchie que de les rappeler sans relâche." (101).

Nous considérerons ce texte comme une synthèse de sa pensée.
C'est ainsi que, le 20 décembre 1979, il faisait remarquer aux Autorités du pays que "(...) la révision de la Constitution ne concerne aucune des dispositions qui garantissent l'union des Belges et qui les rassemblent en un Etat indépendant et souverain...
Il est donc très important que chacun d'entre nous qui porte des responsabilités au niveau de l'Etat, s'exprime et agisse constamment comme le représentant de la Belgique entière (102) lorsqu'il gère les intérêts communs. C'est aussi le devoir du Roi, et depuis vingt-huit ans, ce fut toujours mon souci essentiel; car la monarchie n'a jamais eu et n'a pas aujourd'hui d'autre signification que d'incarner notre union, dans les diverses formes que cette union a prises jadis comme dans celles qu'elle est en train de prendre aujourd'hui." (103).

Le 24 janvier 1979, il avait traité le même thème, devant les mêmes personnes, déclarant entre autres que "Pour s'avérer efficaces, les pouvoirs doivent être complémentaires. Nous ne saurions être des Européens exclusifs, ni des Belges exclusifs, ni des Flamands, des Wallons, des Bruxellois ou des Germanophones exclusifs !
Celui qui chercherait à étendre son autorité au-delà de sa compétence desservirait les citoyens, qui ne peuvent être tiraillés entre des pouvoirs antagonistes ou concurrents.
C'est le service de nos compatriotes, et rien d'autre, qui doit nous inspirer. Pour assurer le succès d'une entreprise qui reste difficile, plusieurs efforts s'imposent.
D'abord renforcer l'esprit d'union...
Pour qu'au-delà de nos particularismes, prévale toujours l'entente, il faut que nous, ici présents, la favorisions, et que nous l'exercions d'abord entre nous.
Représentant des intérêts différents (104), nous trouverons à les concilier si nous avons sans cesse à l'esprit toutes les valeurs qui nous unissent..." (105).

De même, le 20 juillet 1984, le Roi dit aux Belges : "(...) il me semble que l'on fait souvent beaucoup plus de bruit aujourd'hui autour de ce qui peut diviser les Belges, qu'autour de ce qui les réunit pour des causes et des intérêts communs.
Quant à moi, je continuerai sans me lasser à vous dire ce que je pense de l'union des Belges. Parce que c'est le rôle du Roi d'en parler : si je ne le faisais pas, je manquerais à mon devoir..." (106). (...) Qu'on me comprenne bien. Ce que je vous demande, ce n'est pas de gommer nos différences en Belgique. C'est tout le contraire. Ce que je demande à chacun, c'est de vivre pleinement la diversité, de s'enraciner mieux encore dans sa communauté. Mais aussi d'aller plus loin, de mieux comprendre, respecter et apprécier l'autre, et de reconnaître ce qui nous unit..." (107).

Retenons que, pour Baudouin 1er, maintenir l'équilibre entre les Communautés et les Régions était partie intégrante de son Devoir comme Chef de l'Etat. Les manifestations spontanées qui ont suivi sa mort le 31 juillet 1993 prouvent que les Belges, à défaut apparemment de certains hommes politiques, non seulement ont parfaitement compris les messages du Souverain mais encore y adhèrent très largement.

- - - - - - - - - -

C. La Dynastie et les problèmes "linguistiques".

Albert 1er est le premier de nos Rois qui semble s'être réellement préoccupé de ce qu'on appelait à l'époque la "question flamande". Comme nous l'avons vu au chapitre 1, il prêta serment dans les deux langues, se faisant un point d'honneur à proposer un texte qui fût à la fois fidèle quant au fond et élégant dans sa forme.

Dès 1912, il écrivait, le 22 juin à Charles de BROQUEVILLE, alors chef du Cabinet, que "(...) j'éprouve simplement des craintes en voyant nos luttes intérieures se préciser dans le sens le plus redoutable, c'est-à-dire dans le sens des oppositions de croyances, de races et de classes..." (108) et le 30 août à son secrétaire privé, Jules INGENBLEEK, que "(...) J'ai lu la lettre de Destrée qui, sans conteste, est un littérateur de grand talent. Tout ce qu'il dit est absolument vrai, mais il est non moins vrai que la séparation administrative serait un mal entraînant beaucoup plus d'inconvénients et de dangers de tout genre que la situation actuelle..." (109).

Qu'y avait-il donc de si "vrai" dans cette "Lettre ouverte au Roi" (110) ?
Jules DESTREE commençait par ces mots : "Je m'excuse de la liberté que je prends de Vous écrire, Sire.... Mais il me paraît que mon devoir m'y force. Vous devez être étrangement renseigné sur les questions dont je veux Vous entretenir; Votre formation intellectuelle, Votre entourage, tout doit Vous mettre, vis-à-vis de nous, en prévention défavorable.
Et d'autre part, parce que vous êtes le premier citoyen du pays, placé au-dessus de nos batailles coutumières, peut-être... verrez-Vous mieux que Vos conseillers... les nuages noirs qui là-bas se forment et s'amoncellent, et l'orage qui menace." (111).
(Suit un long passage consacré à la Patrie...)
"Et maintenant que me voilà introduit auprès de vous, grâce à cette sorte de confession, laissez-moi Vous dire la vérité, la grande et horrifiante vérité : il n'y a pas de Belges.
J'entends par là que la Belgique est un Etat politique, assez artificiellement composé, mais qui n'est pas une nationalité...
(...)
(...) Un paysan campinois et un ouvrier wallon sont deux types distincts d'humanité. L'un et l'autre Vous ont pour Roi, Sire; mais une communauté d'existence politique ne suffit point à les rendre semblables." (112).
(Destrée approfondit son idée et parle, rapidement, des Bruxellois qu'il ne semble pas apprécier :) "Une seconde espèce de Belges s'est formée dans le pays, et principalement à Bruxelles. Mais elle est vraiment peu intéressante. Elle semble avoir additionné les défauts des deux races, en perdant leurs qualités..." (113).
"Non, Sire, il n'y a pas d'âme belge. La fusion des Flamands et des Wallons n'est pas souhaitable; et la désirât-on, qu'il faut considérer encore qu'elle n'est pas possible.
(...)
Ceci constaté, une règle s'en déduit avec évidence : pour que cet Etat politique formé de deux peuples distincts puisse poursuivre harmonieusement ses destinées vers une prospérité commune, il faut qu'aucun de ces deux peuples ne soit lésé, ou ne puisse se croire lésé, au profit de l'autre. Equilibre que Votre charge Vous convie à réaliser, équilibre difficile et délicat, mais qui est la condition même de l'unité et de l'avenir de Votre royaume.

Au lendemain de 1830, l'équilibre fut rompu au détriment des Flamands..." (114).
(Et de faire l'historique du mouvement flamand; puis :) "Nous pouvons dire aujourd'hui, en 1912, au nom de la Wallonie, ce que (l'on) disait il y a cinquante ans, au nom de la Flandre." (115).
"(...)
L'ancien principe de la nationalité des lois a fait place à leur régionalité, en matière de justice et d'enseignement..." (116).

(Les Flamands, argumente-t-il, ont tout pris aux Wallons:)
"Ils nous ont pris notre passé..." (117)
"Ils nous ont pris nos artistes...
(...)
Ils nous ont pris les emplois publics...
Ils nous ont pris notre argent...
Ils nous ont pris notre sécurité...
Ils nous ont pris notre liberté...
(...)" (118).
"Cette situation est extrêmement grave...
(...)
Ils nous ont pris notre langue...
(...)
Ils nous ont pris... Mais je m'arrête...." (119)
"(...)
Un danger pour l'unité nationale, un danger pour Votre royaume, évidemment..." (120).

Nous avons lu la réaction du Roi Albert. Mais il est préoccupé par la guerre qu'il voit venir, comme son feu oncle Léopold II.

Pendant ce qu'on a appelé la "Grande Guerre", les mouvements flamands prennent de l'ampleur, soutenus par l'occupant allemand. Le mouvement wallon s'organise, d'une manière moins menaçante pour l'Etat. Le Roi, occupé sur le front de l'Yser, ne semble pas à ce moment accorder trop d'importance à ces problèmes, comme le lui reproche Luc SCHEPENS (121).

En 1918, chacun sent que la fin des hostilités approche et qu'il faudra rebâtir, y compris sur le plan institutionnel; d'autant qu'un nouveau danger pointe à l'horizon : le 22 décembre 1917, le Raad van Vlaanderen - qui a été constitué au début de l'année avec l'appui des Allemands - vote une résolution selon laquelle "Le Conseil de Flandre proclame l'Autonomie politique et procède à l'élection d'un bureau et d'une Commission de Fondés de Pouvoir" (122). L'autorité allemande n'a pas été consultée et exige la dissolution du Raad, après la nomination de la Commission annoncée, le 5 janvier. Mais elle propose l'élection d'un nouveau Raad "sur une base aussi large que possible, compte tenu du droit des petits peuples à disposer librement d'eux-mêmes" (123).
Le 1er février, le Conseil des ministres se réunit à La Panne, sous la présidence d'Albert 1er. Le Roi y prononce une allocution introductive dont voici les éléments essentiels : "Nous avons tous été émus ou plutôt indignés des dépêches qui nous apportaient de Belgique la nouvelle de la constitution d'un Gouvernement flamand se déclarant autonome.
On nous annonce en même temps qu'une consultation populaire va avoir lieu sur la question de l'indépendance des Flandres.
(...)
Il importe d'abord de prévenir la fâcheuse impression que ces nouvelles peuvent produire à l'étranger... Il faut éviter que la question soit internationalisée...
(...)
A un autre point de vue, nous serons tous d'accord pour considérer la question flamande comme une affaire de famille. Je veux parler de l'esprit de conciliation avec lequel il convient d'examiner les mesures à prendre. Cet esprit de conciliation doit être essentiellement pratique. Il ne doit pas consister à nier l'existence du danger : pendant trop longtemps, beaucoup ont cru qu'il n'y avait pas lieu d'accorder grande importance aux plaintes et aux avertissements. D'excellents patriotes, prenant leurs désirs pour la réalité, disaient : "Il n'y a pas de dissentiments, il n'y a pas de griefs sérieux". Aujourd'hui, il faut reconnaître que c'est de la prolongation d'une telle attitude que pourrait naître le danger. On ne peut plus se dissimuler qu'il existe un mouvement flamand...
(...) il est des revendications auxquelles il nous faut essayer de faire droit : reconnaître aux flamands le droit d'un enseignement supérieur (124).
On peut le regretter ou le blâmer, c'est un fait indéniable que les Flamands, les simples soldats aussi bien que ceux qui les conseillent, ont le sentiment qu'ils sont sacrifiés...
Les mouvements populaires sont toujours préparés par une minorité agissante...
J'ai la conviction que l'heure est venue d'affirmer d'une façon claire et non par des formules intentionnellement vagues, que le Gouvernement est décidé à accorder au peuple flamand les satisfactions qui peuvent être jugées raisonnables, c'est-à-dire qu'elles ne portent pas atteinte à la force de l'armée devant l'ennemi, qu'elles restent dans le cadre national, ne compromettent pas l'unité du pays, enfin qu'elles ne soient pas dirigées contre la langue et la culture françaises en pays flamand." (125).

A la lecture de ce document, nous constatons deux préoccupations essentielles du Souverain : d'une part, il affirme que le temps est venu de reconnaître certaines revendications flamandes; d'autre part, la dernière phrase indique qu'il n'a pas oublié le malaise wallon dévoilé par Jules DESTREE dans sa "Lettre ouverte au Roi" de 1912.
Le 20 mars 1918, Albert 1er convoque et préside le Conseil des ministres dont il nous donne lui-même un compte-rendu : "La question à l'ordre du jour est le flamand à l'armée.
(...) Je déclare que... le gouvernement ne peut pas ne pas se mettre d'accord sur une solution. Je conclus en montrant la nécessité de donner aux flamands une preuve de la bonne volonté du pouvoir, et la possibilité de le faire, puisque du procès-verbal du dernier Conseil il ressort qu'il existe une base d'entente entre les ministres, notamment dans le domaine de l'enseignement.
(Le Chef d'Etat-Major lit un rapport sur la situation dans l'armée:) (...) Il continue à considérer l'origine de l'agitation comme factice, comme l'oeuvre exclusive de quelques intellectuels.
M. van de Vijvere (126) proteste contre le mot "factice"; le mouvement a des racines dans les sentiments les plus profonds de la race.
MM. Hymans et Vandervelde parlent au nom d'une discipline inflexible, mais admettent l'octroi aux Flamands de certaines satisfactions culturelles. Ils acceptent que la question dans son ensemble soit soumise à une commission d'étude, à condition qu'il soit institué en même temps une commission pour la question de la révision (127) et une pour la question scolaire....
Je fais observer qu'.... On ne peut songer à recourir à la répression sans avoir au préalable donné des gages de bonne volonté aux Flamands.
(...)
M. Segers (128) propose trois choses : des écoles flamandes pour officiers et sous-officiers; un comité de contrôle pour l'emploi des langues à l'armée, comité composé d'hommes politiques ou de fonctionnaires; une commission d'étude de la question flamande.
Les écoles pour officiers et sous-officiers sont acceptées par le Conseil; le comité de contrôle l'est aussi, mais composé seulement de militaires nommés par arrêté royal. Le ministre de la guerre accepte cette formule.
Quand à la commission d'études, après un débat assez vif auquel prirent part surtout MM. Hymans et Renkin (129), on convient de créer simultanément trois commissions : Flamand, révision, loi scolaire.
(...) " (130).

Après avoir admiré au passage ce nouvel exemple de "compromis à la Belge", citons une dernière lettre du Roi Albert, adressée le 1er janvier 1921 au Premier Ministre Henri CARTON de WIART : "(...)
J'espère que la loi sur l'emploi des langues dans l'administration passera au Sénat sans perdre le caractère qui la faisait considérer par les Flamands comme une mesure d'apaisement. Je vois dans cette question linguistique en général un des grands dangers pour le pays et même pour l'unité du cabinet..." (131).

Pour terminer ce panorama, voici ce qu'écrivait, le 14 juillet 1945, le Roi Léopold III au Régent : "J'adjure mes compatriotes de ne pas oublier que c'est leur volonté commune de rester des hommes libres qui a réuni en une même Nation les Wallons et les Flamands. Seule leur indéfectible unité leur permettra de sauver les libertés démocratiques qui, depuis des siècles, ont fait la fierté de notre Peuple et l'ont mis à même de traverser les crises les plus graves sans avoir connu ni révolution politique, ni révolution sociale." (132).

* * * * *

Nous avons choisi de laisser à Wilfried MARTENS, qui fut plus de dix ans Premier Ministre, la conclusion de ce chapitre :

"(...) Dans notre organisation, le Roi est le garant de la Constitution, l'arbitre entre les différents pouvoirs constitutionnels et l'image de la continuité. Depuis trente-cinq ans, le Roi est là, au poste, avec ses contacts pratiquement quotidiens (133) et son entourage talentueux... Notre monarchie est tellement évidente que l'on sous-estime un peu son importance comme ultime liant et comme facteur d'ordre. La monarchie n'est pas du décorum, une imagerie pour la télévision à l'occasion du Te Deum du 21 juillet à Koekelberg. Elle est effectivement un rouage constitutionnel dont le socialiste Achille Van Acker, en pleine affaire royale pourtant, disait que le pays avait autant besoin que de pain... En plus, le cadre constitutionnel dans lequel opère le Roi est tellement délicat et subtil que les limitations qui apparaissent de la sorte à son pouvoir politique donnent naissance de manière naturelle à son rôle d'arbitre... J'ai pu vérifier avec quelle objectivité et quel scrupule... il conçoit sa tâche la plus évidente qui est la solution des crises gouvernementales et la désignation du formateur ou du Premier Ministre... Le Palais se manifeste souvent par des interventions discrètes mais tellement utiles sous l'angle pratique. Comme Premier Ministre j'ai ressenti souvent le besoin de consulter le Roi sur beaucoup de mes idées, de mes prévisions, de questions personnelles... C'est parce qu'il est soustrait aux discussions et aux querelles politiques que le roi acquiert l'autorité du distanciement. En outre, il est le symbole de ce que je ne peux appeler que l'harmonie, à savoir le souci permanent pour le pays et sa diversité..." (134).


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Notes

(82) Allusion évidente au problème des Fourons.

(83) La Belgique compte depuis 1970 trois communautés culturelles qui ont leurs propres institutions : allemande, flamande et française. De même, elle compte trois régions économiques, dont deux seulement étaient organisées sur le plan des institutions au moment du discours royal : la Flandre et la Wallonie; la troisième région, Bruxelles, s'est vue dotée d'institutions propres pendant la session parlementaire 1988-1989.

(84) Deux allusions évidentes à José HAPPART, alors bourgmestre faisant fonction de la commune des Fourons.

(85) Ce message royal constituait exceptionnellement l'Editorial du "Soir" du 22 juillet 1987; on en trouve un fac-similé dans : J. MICHEL, Souvenirs, tome 3, pages 109-110.

(86) Il s'agit du gouvernement MARTENS VI, coalition sociale-chrétienne libérale.

(87) Fac-similé dans J. MICHEL, op. cit., p.108.

(88) La revue "TOUDI" dont nous tirons cet article publie : "leur intérêts". Le sens de la phrase peut aussi bien indiquer le singulier que le pluriel que nous avons choisi, par souci de logique. Le texte est, évidemment, traduit du néerlandais.

(89) En 1983, le Ministre de l'Intérieur était Charles-Ferdinand NOTHOMB. On peut lire dans ses mémoires qu' "Aux élections de 1982, la liste "Retour à Liège" l'emporte dans les Fourons. Mais elle présente, pour la première fois, un candidat bourgmestre qui, dans cet esprit de "résistance", affirme ne pas connaître le flamand, et ne pas vouloir faire semblant de l'apprendre; et cela, pour élever le problème du statut administratif des Fourons au niveau politique national par le détour du conseil d'Etat.
En janvier 1983, je propose deux types de solution équilibrée à cette situation menaçante pour le gouvernement. La première consiste à ne pas nommer José Happart bourgmestre, à ne pas changer le régime linguistique des Fourons mais, pour détendre l'atmosphère à ne les rattacher ni à la province de Liège, ni à celle du Limbourg, mais au Brabant dont les autorités provinciales ont l'habitude de ces problèmes délicats.
La seconde solution proposée est de nommer José Happart bourgmestre conformément à la logique de l'autonomie communale, mais de nommer simultanément un commissaire d'arrondissement adjoint qui ait la confiance de la minorité flamande des Fourons.
Le gouvernement choisit d'abord la première solution puis, après discussion avec les groupes parlementaires (a), la seconde : José Happart est nommé bourgmestre, et Jo Wiertz, commissaire d'arrondissement adjoint." (C.-F. NOTHOMB, La vérité est bonne. Ed. Didier Hatier, pages 9-10).

(a) Le Gouvernement MARTENS V, mis en place le 17 novembre 1981, était composé de sociaux-chrétiens et de libéraux (cf. E. WITTE et J. CRAEYBECKX : Belgique politique..., p.593).

(90) Gaston GEENS, Ministre-Président du Vlaamse Raad à l'époque.

(91) Melchior WATHELET, Ministre-Président de la Région wallonne à l'époque.

(92) Revue "TOUDI", mai 1988, pages 22-23.

(93) Publiée dans la "Revue de Belgique" du 15 avril 1912, comme le rappelle Léopold GENICOT dans sa "Nouvelle histoire de Wallonie" (Ed. DIDIER HATIER, p.209); voici le texte exact de la citation que chacun fait de mémoire, n'ayant pas facilement accès à l'original : "Et maintenant que me voilà introduit auprès de Vous (Albert 1er), grâce à cette sorte de confession, laissez-moi Vous dire la vérité, la grande et horrifiante vérité : il n'y a pas de Belges." (Revue de Belgique, 1912, tome 2, p.740).

(94) On peut lire à ce sujet l'ouvrage du professeur honoraire François PERIN "Histoire d'une nation introuvable", Ed. Paul Legrain, 1988.

(95) Cité dans "TOUDI", op. cit., pages 24-25.

(96) Fac-similé dans J. Michel, op. cit., p.111. Cette revue de presse cite d'abord Catherine Ferrant - dont nous connaissons maintenant le texte -, Gaston Williot, Manu Ruys - dont nous donnons aussi de larges extraits -, Marc Platel, Joseph Coppé et Fabrice Jacquemart. Léon Franckart n'y apparaît pas, sans doute parce que son article est paru le 23, date de cette analyse de la "Libre Belgique".

(97) A propos de cette notion, le Roi déclarait, le 18 janvier 1985 qu' "Il faut rappeler qu'une démocratie modèle est basée sur le respect de l'Etat de droit qui garantit le citoyen contre l'arbitraire de tout pouvoir. C'est lui qui explicite ses devoirs, mais aussi ses libertés. Ces règles de notre vie en commun sont édictées par les représentants élus de la population. Elles doivent être respectées par tous. La vie en société requiert de chacun une réserve consentie dans ses aspirations et ses comportements." (Le Roi Baudouin, Dialogue..., op. cit., p.71).

(98) Allusion aux arrêts contestés de la 4è Chambre flamande du Conseil d'Etat.

(99) Fac-similé dans J. MICHEL, op. cit., p.112.

(100) Le Roi dans le régime constitutionnel..., op. cit., p.23.

(101) Le Roi Baudouin, Dialogue..., op. cit., p.42.

(102) Art.32 (42n).: "Les membres des deux Chambres représentent la nation, et non uniquement la province ou la subdivision de province qui les a nommés".

(103) Le Roi Baudouin, Dialogue..., op. cit., p.40.

(104) Le Roi pense ici non seulement aux intérêts différents entre Régions ou Communautés, mais aussi aux Partis ou associations patronales et syndicales qui représentent des intérêts économiques, par-delà les "frontières linguistiques".

(105) Le Roi Baudouin, Dialogue..., op. cit., p.39.

(106) idem, p.41.

(107) idem, p.35.

(108) THIELEMANS et VANDEWOUDE, op. cit., p.426.

(109) idem, p.435.

(110) Cette lettre a été rapidement évoquée au début de cette dernière partie du chapitre; voir la note 93.

(111) Revue de Belgique, 1912, tome 2, p.735.

(112) idem, p.740.

(113) idem, p.742.

(114) idem, pages 743-744.

(115) idem, p.745.

(116) idem, p.746.

(117) idem, p.757.

(118) idem, pages 748 à 751.

(119) idem, pages 752 à 754.

(120) idem, p.755. La lettre se termine en page 758.

(121) L. SCHEPENS, Albert 1er et le gouvernement de Broqueville : aux origines de la question flamande. On lira particulièrement les pages 149 à 151, qui portent le titre "Le roi Albert et le Mouvement flamand".

(122) Idem, p.166.

(123) Idem, p.167.

(124) Idem, p.170. Ce paragraphe aurait été supprimé dans la version définitive dactylographiée. Il s'agit de la flamandisation de l'Université de Gand; les résistances à cette revendication étaient nombreuses. Elle ne sera satisfaite qu'en 1930; nous avons évoqué ce fait, à l'occasion de l'étude - dans ce chapitre - de la mini-crise qui la suivit.

(125) Le lecteur trouvera le texte intégral de cette allocution dans : Luc SCHEPENS, op. cit., pages 169 à 171. Elément précieux, il nous fournit en même temps les ébauches successives de ce document.

(126) Aloys VAN DE VYVERE, représentant catholique de Roeselaere-Tielt, était ministre des Finances. Il sera fait Ministre d'Etat en 1918. "Il défendit avec diplomatie de nombreuses revendications flamandes" (Dictionnaire d'Histoire de Belgique, pages 476-477).

(127) Il s'agit de la révision de la Constitution aux fins d'établir le Suffrage universel pur et simple.

(128) Paul SEGERS, représentant catholique d'Anvers, était ministre des Chemins de fer, de la Marine et des Postes et Télégraphe. "Ce conservateur se heurta tant aux démocrates-chrétiens flamands qu'aux rexistes". (Dictionnaire d'Histoire de Belgique, p.428).

(129) Jules RENKIN, représentant catholique de Bruxelles, était ministre des Colonies.

(130) VAN OVERSTRAETEN, Carnets de guerre, pages 180 à 182.

(131) H. CARTON de WIART, op. cit., tome 2, pages 68-69.

(132) LEOPOLD III, Pensée et messages. Ed. Paul Legrain, 1983, p.100.

(133) "... je rencontre le Roi chaque lundi à 11h30..." (W. MARTENS, Parole donnée, p.92)

(134) idem, pages 173-174.